Et si le problème n’était pas les événements eux-mêmes… mais la manière dont notre cerveau les interprète ?
Imaginez deux personnes qui reçoivent exactement le même message de leur responsable :
« Peux-tu passer me voir dans mon bureau demain matin ? »
La première se dit :
« D’accord, il veut sûrement faire un point sur un dossier. »
Elle poursuit tranquillement sa journée.
La seconde pense immédiatement :
« J’ai dû faire une erreur. Je vais avoir des reproches… Et si je perdais mon emploi ? »
Elle passe la soirée à y penser, dort mal et arrive au travail avec une boule au ventre.
Pourtant…
Les deux personnes ont reçu exactement le même message. Ce qui change, ce n’est pas la situation. C’est la manière dont elle est interprétée.
Et c’est précisément sur ce fonctionnement que s’appuient les Thérapies Cognitives et Comportementales, plus communément appelées TCC.
Une idée simple : nos pensées influencent nos émotions… et nos comportements
Les TCC reposent sur une observation que chacun peut expérimenter dans son quotidien.
Nous avons parfois tendance à croire que nos émotions sont directement provoquées par les événements.
En réalité, il existe une étape intermédiaire.
Notre interprétation.
Autrement dit :
Situation → Pensées → Émotions → Comportements
Prenons un autre exemple : Vous croisez une connaissance dans la rue. Elle ne vous salue pas.
Deux interprétations sont possibles.
« Elle ne veut plus me parler. »
Vous vous sentez triste ou blessé(e). Vous évitez cette personne les jours suivants.
Ou bien :
« Elle ne m’a peut-être tout simplement pas vu(e). »
Vous poursuivez votre journée sans inquiétude particulière.
L’événement est identique.
Ce sont nos pensées qui influencent ce que nous ressentons et la manière dont nous réagissons.
Notre cerveau ne raconte pas toujours la réalité
C’est un point essentiel des TCC. Nous avons souvent tendance à croire que tout ce que nous pensons est vrai.
Pourtant…
Notre cerveau interprète constamment ce qu’il observe. Et il le fait très rapidement. Parfois même un peu trop rapidement.
Il peut imaginer le pire. Se montrer très critique envers nous-mêmes. Tirer des conclusions sans avoir toutes les informations. Ou encore généraliser à partir d’une seule expérience.
Cela ne signifie pas que notre cerveau fonctionne mal.
Au contraire.
Il essaie de donner du sens à ce qui nous arrive. Mais il arrive qu’il se trompe.
Les TCC nous apprennent progressivement à prendre un peu de recul par rapport à ces pensées, à les questionner et à envisager d’autres façons de voir une situation.
Les émotions ne sont pas des ennemies
Contrairement à certaines idées reçues, les TCC ne cherchent pas à supprimer les émotions.
Une émotion n’est jamais « bonne » ou « mauvaise ».
Elle est un signal.
La peur peut nous protéger.
La colère peut nous indiquer qu’une limite a été dépassée.
La tristesse peut nous aider à faire face à une perte.
L’objectif n’est donc pas de ne plus ressentir d’émotions.
Il s’agit plutôt de mieux les comprendre, afin qu’elles prennent une place plus juste dans notre quotidien.
Et les comportements dans tout ça ?
Lorsque nous nous sentons anxieux, tristes ou découragés, nous adoptons souvent des comportements qui nous soulagent sur le moment.
Par exemple :
- éviter certaines situations ;
- remettre une décision à plus tard ;
- chercher constamment à être rassuré ;
- tout contrôler ;
- se suradapter aux attentes des autres.
Ces réactions sont parfaitement compréhensibles. Mais elles peuvent parfois entretenir les difficultés.
Les TCC permettent d’identifier progressivement ces mécanismes et d’expérimenter, à votre rythme, d’autres façons d’agir.
Une thérapie active et collaborative
Les TCC sont souvent décrites comme des thérapies « actives ».
Cela ne signifie pas que vous aurez des devoirs à chaque séance ou que vous devrez tout changer du jour au lendemain.
En revanche, elles reposent sur une idée importante :
Vous êtes pleinement acteur de votre accompagnement.
Le rôle du psychologue n’est pas de vous dire quoi faire.
Il est de vous aider à mieux comprendre votre fonctionnement, à identifier ce qui entretient vos difficultés et à expérimenter progressivement de nouvelles façons de penser, de ressentir et d’agir.
Le travail se construit ensemble, dans un climat de confiance, à votre rythme.
Les TCC, ce n’est pas « penser positif »
C’est probablement l’un des malentendus les plus fréquents. Les TCC ne consistent pas à remplacer une pensée négative par une pensée positive.
Si vous pensez :
« Je vais forcément échouer. »
L’objectif n’est pas de vous convaincre que :
« Tout ira parfaitement. »
Il s’agit plutôt de se demander :
- Sur quels éléments repose cette pensée ?
- Existe-t-il d’autres façons de voir la situation ?
- Quelle est la probabilité que le scénario redouté se produise réellement ?
- Comment pourrais-je faire face si cela arrivait malgré tout ?
Autrement dit, les TCC cherchent à développer une pensée plus réaliste, plus nuancée et plus souple.
Dans quelles situations les TCC peuvent-elles être utiles ?
Les TCC ont démontré leur efficacité dans l’accompagnement de nombreuses difficultés psychologiques. Elles sont notamment recommandées par les sociétés savantes et les autorités de santé pour différents troubles. Elles peuvent être utiles, entre autres, pour :
- les troubles anxieux ;
- les attaques de panique ;
- les phobies ;
- les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ;
- la dépression ;
- le stress et l’épuisement professionnel ;
- les difficultés d’affirmation de soi ;
- les difficultés relationnelles ;
- certaines difficultés de gestion des émotions.
Au-delà des diagnostics, elles sont également pertinentes pour les personnes qui souhaitent mieux comprendre leur fonctionnement, modifier certains schémas de pensée ou développer de nouvelles compétences pour faire face aux défis du quotidien.
Une approche qui s’adapte à chaque personne
Chaque histoire est unique.
Deux personnes souffrant d’anxiété ne vivent pas nécessairement les mêmes difficultés.
Deux personnes traversant un burn-out n’ont pas le même parcours.
C’est pourquoi une démarche en TCC commence toujours par chercher à comprendre votre fonctionnement : ce qui déclenche vos difficultés, ce qui les maintient et, à l’inverse, les ressources sur lesquelles vous pouvez vous appuyer.
Les outils proposés ne sont pas appliqués de manière automatique. Ils sont choisis en fonction de votre situation, de vos objectifs et de votre rythme.
En conclusion
Les Thérapies Cognitives et Comportementales ne cherchent pas à changer qui vous êtes.
Elles proposent de mieux comprendre les liens entre vos pensées, vos émotions et vos comportements afin de retrouver davantage de liberté face aux difficultés que vous rencontrez.
Comprendre son fonctionnement ne fait pas disparaître instantanément les difficultés.
En revanche, cela permet souvent de ne plus les subir de la même manière… et d’ouvrir progressivement la voie vers le changement.
📚 Pour aller plus loin
Ouvrages accessibles
- David D. Burns – Bien dans sa tête (Feeling Good) : un ouvrage de référence pour comprendre les pensées automatiques et les distorsions cognitives.
- Robert L. Leahy – Vaincre les inquiétudes et l’anxiété : une excellente introduction aux principes des TCC appliqués à l’anxiété.
- Christophe André – Imparfaits, libres et heureux : pour explorer les croyances, l’estime de soi et les schémas de pensée.
Ressources fiables
- Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive (AFTCC) : informations sur les TCC, leurs indications et les professionnels formés.
- Haute Autorité de Santé (HAS) : recommandations de bonnes pratiques pour la prise en charge des troubles anxieux et dépressifs.
- Inserm : dossiers de vulgarisation scientifique sur les psychothérapies et la santé mentale.

